|
1995 : deux ans après sa dernière sortie ("Non à cette éducation", 1993), Assassin revient pour son deuxième album, mais cette fois sans Solo ni DJ Clyde
1995 : deux ans après sa dernière sortie ("Non à cette éducation", 1993), Assassin revient pour son deuxième album, mais cette fois sans Solo ni DJ Clyde ; il ne reste donc plus que Doctor L et Rockin'Squat, épaulé sur deux titres par Ekoué. Autant le dire tout de suite : il s'agit d'un album mythique. C'est pourquoi j'ai choisi d'écrire une critique relativement longue, afin de tenter d'aborder tous les sujets soulevés dans ce LP. L'album commence sur une intro excellente, annonçant le retour d'Assassin, "pour de bon !". Après un "Shoota Babylone" dans lequel Rockin'Squat appelle à l'union des possees pour fumer le système, arrive "l'Odyssée suit son cours", sans doute l'un des tous meilleurs titres d'assassin. Squat et Ekoué se déchainent sur le refrain mythique "Levez-vous ! / Tout l'monde debout ! / Unissez-vous, combattez ! / Organisez-vous pour / Que l'odyssée suive son cours !". "L'entrechoque des antidotes" permet à Squat d'affirmer l'indépendance, l'engagement et la particularité de son possee, qui entend dépasser un simple genre musical ("Qui sait si l'antidote aura un jour l'aura / Sur une entité dépassant le microcosme Hip-Hop ?"). L'odyssée continue avec "Légal ou Illégal", qui traite d'une manière parfaitement lucide du problème de la guerre à la drogue à l'échelle internationale, et dénonce le rôle des armées et des gouvernements occidentaux dans l'exploitation des pays pauvres afin de servir des objectifs politiques. Un titre tout simplement parfait. Le jeune MC Ekoué accompagne une nouvelle fois Teusqua sur "Quand j'étais petit", à propos du délaissement croissant des enfants dans la société. Puis vient "L'état assassine", autre titre mythique d'assassin, qui dénonce les "bavures" de l'état français ; Squat se pose des tas de questions jusqu'à en devenir fou, le titre est construit comme un cercle vicieux, une chute inéluctable (qui ne peut que rappeler le film "La Haine"). "L'état policier" de "Touche d'Espoir" reprendra cette thématique forte cinq ans plus tard. "A titre posthume" est une chanson beaucoup plus intimiste, écrite à l'occasion de l'enterrement d'un proche, et qui rappelle que la vie ne tient pas à grand chose ; un titre lucide, sans être démolarisant. Dans "L'égocentrisme de l'assassin", Squat fait le constat de la société capitaliste dans laquelle on vit, et affirme sa vision consciente du monde. Il réfléchit sur sa capacité à s'émanciper dans ce monde oppressant et déhumanisant ("Un numéro, une étiquette, / Un nom, un prénom, une classe sociale et bienvenue sur la planète"). Ces lyrics sont sans doute parmi les meilleurs jamais écrits par Squat. Retour ensuite sur le problème de l'éducation avec "Entre dans la classe", qui appelle à prendre du recul vis à vis du système éducationnel actuel (dixit Squat dans l'interview réalisée par Skam, dispo sur ce site) ; un titre entraînant et encore une fois passionnant. Avec "Guerre Nord-Sud", Assassin dénonce les disparités scandaleuses entre pays riches et pauvres, les premiers exploitant les seconds ; "Quel monde allons nous laisser à nos enfants ?" s'interroge Squat, qui nous offre là encore un titre plus que jamais actuel, lucide, et engagé, tout comme le suivant, "La flamme s'éteint", véritable dénonciation de la société. On y voit la culture de Rockin', qui reprend dans ses lyrics les thèses marxistes ("Un exploitant, un exploité, un dominant, un dominé / A l'échelle internationale ou à l'échelle individuelle / La reproduction des échanges est la même"). Ce constat amène à le justification pur et simple de l'existence d'Assassin : "L'important est qu'il y ait une alternative à l'information des gouvernements / Voilà pourquoi on fait du rap, pour ouvrir la porte sur l'étape / D'une communication des bas-fonds qui contre-attaque.". Tout est dit :) L'avant-dernier titre, "L'Objet", dénonce quant à lui la place minorée de la femme dans une société d'hommes ; thème peu abordé par les rappeurs en général ! Enfin, l'album s'achève sur le superbe "Ecrire contre l'oubli" : Assassin n'oublie pas les artistes étouffés dans de nombreux pays ; RS écrit pour eux, et s'inquiète du bafouement de la liberté d'expression. Il conclue le titre et l'album sur ces lyrics mythiques : "Ca ne reste qu'une chanson, mais le flot de la musique / Se rappelle d'où elle émane et pour qui elle s'agite / Voilà pourquoi album après album Assassin connait sa cible / Qui sera la prochaine victime ?". Que dire de plus ? Cet album est avant tout un album de lyrics ; la musique reste finalement discrète face à la force des textes, mais elle est toujours en adéquation avec le contenu, et donne en tous les cas au LP un style qui lui est propre. Malgré la diversité et l'importance des sujets abordés, "L'Homicide Volontaire" reste très construit et ne s'éparpille jamais ; il s'écoute comme on lit un livre. Cet album constitue tout simplement selon moi la référence absolue en ce qui concerne le rap dit "conscient". A posséder impérativement ! |