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Monsieur Saï
Écrit par Robin Mastaz   
Comme disait Howard Zinn, « notre manière de penser est une question de vie ou de mort ». Ce ne sont pas tous les rappeurs français et encore moins américains qui seraient capbles d'une telle sitation. Demandez à Monsieur Saï.


 
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PHH : Pouvez-vous vous présenter pour ceux qui ne vous connaissent pas encore ?

Saï : Je suis du Mans, j'ai pris le micro vers 97 (j'avais à peine 12 ans à l'époque) et j'ai pas lâché depuis. Niveau texte, ça parle principalement de politique et de contestation libertaire. Y a aussi pas mal d'expériences personnelles et quelques fictions parce que je kiffe raconter des histoires. Au niveau des productions, même si je tiens du dur comme fer à garder la base pera, il y a souvent beaucoup d'éléments rock ou free jazz qui viennent retourner un peu les boucles. Sur scène, je suis accompagné par Arth?, un saxophoniste de freejazz justement, il participe énormément aux arrangements des morceaux.

Sinon, je fais partie d'un groupe qui s'appelle Substance M avec mon poteau Sooolem, on est plus ou moins en stand-by parce qu'on change de DJ.

PHH : Ca vient d’où, Monsieur Saï ?

Saï : Saï c'est le diminutif de Simon quand on le prononce à l'anglaise. C'était aussi une arme utilisée par les samouraï et j'aime bien cette connotation. Et Monsieur c'est parce que MC était déjà pris.

PHH : Comment vous situez-vous sur la scène rap française ?

Saï : Je suis toujours un peu emmerdé pour répondre à ce genre de question. En général les gens me considèrent comme faisant partie de la vague consciente du rap même si le terme me les brise sévèrement. Sinon, j'entends pas mal « rap alternatif » mais ça sonne bizarre. On m'a déjà catalogué « abstract hip hop » ou « hip hop expérimental ». Bref, je préfère dire que c'est du rap comme on a pas l'habitude de l'entendre et laisser les gens découvrir. Et si ça existait je dirai que c'est du rap-indépendant-anti-rap-r'n'b-nonstop.

PHH : Quels sont vos projets à venir et pouvez –vous nous les présenter?

Saï : Pour l'instant, principalement du live pour les mois qui viennent.

Je viens aussi de changer de label, j'étais chez Good Citizen Factory et Milled Pavement vient de récupérer mon catalogue. Donc, pour moi ça veut dire relancer la promo de « Soigne tes Blessures » sorti en Avril dernier et surement un « repressage ».

Avec Sooolem et d'autres gars on vient de monter notre propre boite pour le booking et la promo d'albums. Ça s'appelle SOMA Productions.

Sinon, le E.P. « Songs for Marty » co-écrit avec le rappeur Américain de Portland (Maine) Brzowski et qui était sorti de manière non-officielle en avril dernier vars ressortir cet hiver chez Milled Pavement.

Et plus récement, un groupe appellé La Mauvaise Humeur a vu le jour cet été. C'est composé du producteur O.S. et moi. L'album devrait sortir en 2012.

PHH : Quels sont les producteurs sur cet album? Pourquoi un tel choix?

Saï : Sur « Soigne tes Blessures » j'ai moi même produit la moitiée de l'album comme pour le précédent. Cette fois en revanche, le saxophone d'Arth? est beaucoup plus présent et il a d'ailleurs participé à une grande partie des arrangements. Les basses et les guitares sont pratiquement toutes jouées, j'avais vraiment envie que quelque chose d'organique ressorte des morceaux. Au niveau des autres producteurs on trouve bien sur O.S. de La Mauvaise Humeur qui a aussi géré pratiquement tous les scratchs, pas mal de guitares et même du violoncelle. On trouve aussi Mitron (aka Sooolem), Rico, Cyesm, Doz1JeE et le groupe de post-rock Le Crapaud et la Morue. Le choix a été très simple, ce sont tous des potes dont j'apprécie le son et auxquels je fais entièrement confiance musicalement.


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PHH : Quelle est votre manière de travailler ? (vous vous inspirez d'un beat ou celui-ci découle t-il du texte)

Saï : Pas vraiment de règle, j'écris un peu tout le temps. Quand il s'agit de même propres productions je fais souvent les arrangements au fur et à mesure. Sinon, parfois j'avais le texte avant je choisis le beat qui colle le mieux, soit j'écris en fonction du beat.

PHH : Quel est votre regard sur la culture Hip Hop? Son évolution et les autres disciplines?

Saï : A mes yeux c'est assez difficile de parler de culture Hip Hop à l'heure d'aujourd'hui. Le rap mainstream est clairement assimilé à la pop et la plupart des vrais artistes contestataires restent le plus souvent relativement underground. Au niveau du graffiti je trouve qu'il y a de moins en moins de vandales et la plupart son aujourd'hui placés dans des galeries ou répondent à des commandes officielles, ce qui peut être bien au niveau de la reconnaissance de cet art en tant que tel mais perd clairement son aspect contre-culturel. En revanche, la manière dont le Djaying et la danse se sont démocratisés me paraît être assez positif.

PHH : Quelle question aimeriez-vous qu’un journaliste vous pose? Pouvez-vous y repondre ?

Saï : Aucune idée. C'est aux journalistes de trouver les questions qu'il trouvent pertinentes. En général, je trouve que toutes les questions qui créent des discussions sont intéressantes, qu'il s'agisse des textes, de la musique ou d'autre chose.

PHH : Un dernier mot ?

Saï : Cultivez votre esprit critique et votre curiosité. Et en musique comme au quotidien ne laissez jamais personne imposer son point de vue sur le votre. Les flics ne portent pas tous le képis. Comme disait Howard Zinn, « notre manière de penser est une question de vie ou de mort ».

 
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